Chose promise, chose due ; ce lundi matin, mon retour au travail fut des plus difficiles. J’avais le pas si lourd qu’on me prit pour un condamné se rendant à la potence. J’entendis même les tambours et leur tonalité militaire. J’exagère à peine. Un dur retour au travail, dû à une fantastique édition du FRIMAT. Ce FRIMAT qui est un peu comme un bon vin millésimé dont l’arôme, le bouquet et même la robe se perfectionnent au fil des années.

La programmation avait fourni de grandes attentes et sa livraison n’a pas déçu. Galaxie nous a fait bouger comme des fous, Adamus nous a fait chanter comme des crinqués, Saragota nous a donné envie d’être en amour, Safia Nolin, de pleurer les époques sombres de nos courtes vies et Mononc’Serge a redéfini les extravagantes possibilités d’un spectacle au Conservatoire. Et j’en passe. Petit coup de cœur personnel : le groupe Fuudge, avec sa maîtrise et son appropriation des sonorités du rock psychédélique des années 60 et 70. La compétition de la relève était justement très relevée. Les genres proposés étaient hétéroclites, mais le professionnalisme et l’inventivité étaient constants… sauf exceptions près, que je garde bien pour moi.

L’ambiance était à la fête, la GBT a encore sévi et de nouveaux compagnons, toujours plus nombreux, s’y sont mêlés. Je me demande combien de barils de bière du Prospecteur ont été vidés ? Si leur recette du week-end s’élève à la moitié du plaisir que nous y avons eu, je connais des brasseurs qui ont les poches pleines. Personnellement, j’ai les poches vides, mais ceci est une autre histoire. Et quelle bonne idée que ce FMR de nuit. J’étais de ces sceptiques qui prévoyaient un flop. C’était bien mal connaitre le public du FRIMAT. Le party a pris à la bibliothèque jusqu’à ce que l’aube passe et que le jour s’installe bien confortablement.
C’est pour ces raisons que j’eus la mine bien basse lundi matin. Je suis de ces nostalgiques qui peinent à se départir des petits moments de folie qui viennent enjoliver une vie bien simple. Si j’étais une mère monoparentale maniaco-dépressive et que le FRIMAT était mon petit garçon, je le garderais avec moi toute la vie de manière si malsaine que le jeune homme deviendrait sans doute un tueur en série qui se déguise en femme la nuit tombée et qui aime parfois se brûler le bout des seins à la cigarette. Heureusement, les choses ne sont pas ainsi et je laisse filer ce petit FRIMAT après lui avoir fait jurer cent fois qu’il reviendrait l’an prochain.

La page Facebook du festival a eu l’excellente idée, dans l’une de ses publications, de comparer la fin du week-end dernier à un lendemain de Noël. Belle image. On nous a enveloppé de si beaux cadeaux et nous avons eu un si grand plaisir qu’il est difficile de ne pas se rappeler nos Noëls favoris. À cette époque, déjà nostalgique, il m’arrivait, le matin du 26 décembre, d’avoir le cœur un peu vide. Je me consolais en songeant au jour de l’An, essayant de me convaincre que le plaisir n’était pas bien loin et qu’il reviendrait avant l’année prochaine. Ainsi, depuis lundi, je me cherche désespérément une activité de haute voltige pour la fin de semaine. Efforts toujours vains, puisqu’au jour de l’An, il n’y a pas de cadeaux et aucun FRIMAT n’est à l’horizon des prochains jours. J’ai beau attraper les espoirs qui passent, la réalité est que les moments exceptionnels font toujours exception.

Trêve de plaintes ! Après tout, je n’ai pas été jeté au cachot après ma première nuit d’amour. Je dis donc merci FRIMAT, merci de te faire si fort et si beau à toutes les années. Merci pour les découvertes musicales et ton effervescence pour la créativité. Tout était parfait. Merci aux Frimateux ! On le dit si souvent et tellement à tort et à travers que le monde entier tiédit son importance, mais un public, c’est absolument tout pour un festival. Le piano de Mozart serait bien beige si Mozart n’y jouait pas. Les Frimateux forment un public mozartien, pourrait-on dire si le mot existait. Un public devenu virtuose dans sa capacité à mettre de l’ambiance. En plus, c’est maintenant un public qu’on n’a plus besoin de convaincre, un public à pleine capacité à tous les soirs, ai-je ouï dire ! Ce qui indique que bien des gens portent le petit festival dans leur cœur. Donc, encore une fois, merci et un sincère bravo FRIMAT.

Aujourd’hui, il faut l’admettre, Noël n’a pas la même saveur qu’autrefois. Ma fraiche vieillesse oblige. Mon interminable calendrier de l’Avent a été remplacé par celui du FRIMAT et même s’il est encore tôt, je lui envoie un désespéré « à la prochaine fois », avec un air piteux et épique comme l’arborait ce cher René Lévesque au référendum de 1980.

Bonne nuit FRIMAT et rêve bien !

Maxime Dupuis