La malédiction des villes dépendantes de leurs ressources naturelles, c’est d’être réduites à leur principale activité économique. Une ville minière, dit-on, une région forestière, a-t-on dit. Rien de bien charmant. Comme si les gens d’Abitibi ne faisaient que bêtement travailler et n’aspiraient qu’à changer la pierre en or. Rien n’est plus faux, nous avons aussi nos moments communautaires et culturels qui nous définissent beaucoup mieux que notre plate organisation socio-économique. C’est notre créativité et notre débrouillardise bien abitibienne qui nous démarque.

Ceci étant dit, quelle douce brise sur nos pauvres visages brûlants qu’est ce petit FRIMAT. « Un vent de fraîcheur », diraient platement de mauvais critiques à court de mots. Ce festival se pose comme un rendez-vous annuel particulièrement attendu. Une grande fête d’un week-end (et quelques jours) pour tous les mélomanes en mal d’occasions intéressantes. La force du FRIMAT, c’est sa simplicité merveilleusement maîtrisée. Une petite salle, une bonne programmation bien balancée, avec ses surprises et ses plaisirs, une ambiance du tonnerre et une folle envie de faire la fête. Voilà la force abitibienne dont je vous parlais, faire beaucoup avec peu et le faire très bien. Même si on ne fait pas dans le fastidieux et le grandiloquent, on peut faire dans la perfection.

Ce sera mon quatrième Festival de la Relève indépendante musicale en Abitibi-Témiscamingue. La première fois que mes comparses et moi y avons goûté, c’était pour aller voir un ami qui a eu la chance de participer au concours de la relève. Les mots « coup de cœur » me paraissent faibles pour décrire notre révélation. C’est comme si notre fabuleux groupe de jeunes hurluberlus venait de trouver sa place, nous ne pouvions pas être plus interpellés. Nous avions l’impression d’avoir l’endroit et même les artistes juste pour nous. Une espèce de havre de festivités à l’abri de la monotonie, du gris et de la routine. Enfin, nous pouvions nous éloigner de notre triste état de prolétaire qui est échu  à chaque étudiant pendant la période estivale.

Nous avons lâché notre fou et pas à demi-mesure, à outrance diront certains. Or, si on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs, on ne fait pas de bon festival sans exagérer un peu. Tout le monde sait ça. Notre attitude nous a valu un nom, la Gang des beaux tannants : les GBT. La consonance avec la communauté LGBT est frappante, mais peu importe, nous aimons avoir l’air différent, alors on s’assume. Le FRIMAT est donc sous le joug de cette gang de fous qui aime danser très longtemps, chanter un peu trop fort, dépasser légèrement les bornes, mais surtout qui aime rire et avoir un franc plaisir.

L’année passée, j’ai eu un autre genre de révélation. J’ai aperçu une foule de gens qui se joignaient à notre folie. Ils étaient là et nous mimaient. Je me targuais d’avoir sauvé le FRIMAT, quelle influence, me félicitai-je, et quel homme extraordinaire, poursuivais-je. Pitoyable ! Quel égo, plutôt, et quelle mauvaise analyse. Ce n’est pas nous qui influençons le FRIMAT, c’est le FRIMAT qui nous influence. Nous avons embarqué dans un bus magico-musical qui nous proposait un voyage à 100 milles à l’heure. De nouveaux (et moins nouveaux) voyageurs ont emboîté le pas, voilà tout. Le FRIMAT nous influence, il influence notre minérale région vers un épanouissement collectif, nous rappelant que le travail est une chose, mais que les plaisirs qui commencent tôt le soir et qui se terminent tôt le matin sont de ces morceaux de jeunesse que nous espérons tous emporter dans notre tombe.

Eh oui, le FRIMAT fait partit de ces moments qu’on ne veut pas quitter. Ce genre d’époque qui nous donne envie d’être un Peter Pan de la débauche. Rappelez-vous de l’un de ces lundis matin, vous arrivez à votre éternel poste de travail, rien de nouveau, tout est là depuis toujours. Un soupir de désespoir s’échappe de chacun de vos pores de peau. Le monde est chiant et sans couleur. « Comment ai-je pu arriver ici ? » vous dites-vous. Vous savez de quoi je parle. Un petit « blues » bien désagréable qui dure une demi-heure, mais qui d’un certain sens vous confirme que vous avez eu un week-end mémorable. C’est ce que je vous promets si vous passez votre fin de semaine au FRIMAT : un dur retour au travail.

Maxime Dupuis